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Par Corrado Tiralongo, chef des placements | 14 février 2025

Se fier à la parole de Trump, c’est comme prévoir la météo avec une boule magique – vous obtiendrez une réponse, mais ne vous attendez pas à ce que ce soit la même demain.

La semaine dernière a mis en évidence le tapage et l’instabilité entourant la politique commerciale des États-Unis, en particulier sous l’administration Trump, ainsi que les répercussions importantes sur les marchés et les alliances économiques.

Si les dernières décisions en matière de droits de douane semblent avoir été négociées pour aboutir à une pause de 30 jours à la dernière minute pour le Canada et le Mexique, l’imposition de droits de tarifs douaniers plus élevés à la Chine marque un changement stratégique plus large dans la politique américaine.

Entre-temps, le marché du travail américain demeure résilient, ce qui contraste fortement avec la détérioration des conditions économiques en Europe. Cette dynamique crée à la fois des risques et des occasions pour les investisseurs qui composent avec un contexte économique mondial incertain.

Comprendre la politique commerciale des États-Unis : ententes ou simples manœuvres stratégiques?

L’un des principaux éléments à retenir des derniers développements dans la politique commerciale des États-Unis est la volonté de l’administration de négocier, à condition que les contreparties offrent des avantages politiques.

Les menaces tarifaires contre le Canada, le Mexique et la Colombie ont toutes été annulées dans le cadre d’ententes de dernière minute, suggérant que les frictions commerciales avec les pays alliés demeurent plus une question de levier qu’un changement fondamental des relations économiques. Toutefois, le renforcement des droits de douane contre la Chine indique une position plus ferme, motivée par une concurrence géopolitique à long terme plutôt que par des tactiques de négociation à court terme.

Bien que Donald Trump ait conclu des ententes avec le Mexique et le Canada, nous ne revenons pas sur notre opinion selon laquelle la Réserve fédérale américaine (la Fed) restera sur la touche au cours des six prochains mois. Si les tarifs douaniers américains se rapprochent de nos hypothèses, nous pensons que la hausse de l’inflation empêchera des réductions plus tard en 2025. Nous nous attendons à ce que les taux d’intérêt s’établissent à 4,75 % aux États-Unis. Cela a également renforcé notre conviction d’un dollar plus fort et d’un regain d’exceptionnalisme américain dans les actions.

La décision de la Banque du Canada de réduire son taux directeur de 25 points de base le 29 janvier n’a pas été une surprise, mais les perspectives pour les prochaines réunions sont de plus en plus floues. Alors que les marchés évaluent à 40 % la probabilité d’un maintien de taux à la prochaine réunion de la Banque en mars, nous nous attendons tout de même à ce que les taux soient réduits deux fois de plus au cours des prochains mois, pour atteindre un taux final de 2,50 %.

Des tarifs douaniers de 25 % sur le Canada réduiraient le produit intérieur brut (PIB) canadien d’environ 3 % au cours de la prochaine année, mais entraînerait également une forte dépréciation du huard, ce qui augmenterait considérablement le coût des importations. Cela limiterait la capacité de la Banque à réduire les taux d’intérêt pour soutenir l’économie, en particulier si une reprise des sorties de capitaux entraînait une baisse supplémentaire du huard. Si le Canada parvient à éviter des tarifs douaniers de 25 %, nous croyons qu’il sera tout de même frappé par des tarifs universels américains de 10 % au deuxième trimestre.

Dans ce cas, nous nous attendons à une évolution similaire des taux d’intérêt, mais à des mesures de relance budgétaire beaucoup moins importantes, compte tenu de l’incidence potentielle moindre sur le PIB.

Complaisance du marché et risque d’une nouvelle escalade

Un risque persistant est l’hypothèse selon laquelle les menaces liées au commerce seront toujours diluées avant de se concrétiser.

La semaine dernière, les investisseurs ont semblé quelque peu sceptiques quant au début d’une guerre commerciale. La baisse de près de 2 % de l’indice S&P 500 n’a pas été spectaculaire et est loin d’être inhabituelle par rapport aux normes passées. L’écart était beaucoup moins important au début de la guerre commerciale en 2018.

Trump a l’habitude d’utiliser les menaces économiques pour atteindre des objectifs non liés (par exemple, avec la Colombie récemment : La Colombie convient d’accepter les migrants expulsés après la confrontation tarifaire avec Trump | CBC News en anglais seulement), de sorte que le scepticisme du marché est logique à mes yeux. Je m’attends toujours à ce que les États-Unis imposent des tarifs douaniers au Mexique et au Canada, mais aussi des droits de douane universels de 10 %.

Les investisseurs devraient rester attentifs aux échéances clés – le 5 mars, date à laquelle le sursis tarifaire de 30 jours pour le Canada et le Mexique prend fin, et le 1er avril, date à laquelle un examen plus large des relations commerciales des États-Unis est attendu. Ces échéances pourraient servir de catalyseurs à un regain de volatilité, en particulier si la Maison-Blanche fait part de son mécontentement à l’égard des négociations en cours.

Avant l’investiture de Trump, nous avions supposé que le Federal Open Market Committee (FOMC) procéderait à deux nouvelles baisses de 25 points de base de son taux directeur d’ici le milieu de l’année 2025. Toutefois, nous ne nous prévoyons plus de nouvelles réductions de la part de la Réserve fédérale américaine. Ce changement nous a incités à revoir à la hausse nos prévisions de fin d’année de 4,75 % pour le rendement des obligations du Trésor à 10 ans.

L’influence des attentes à court terme concernant la politique de la Fed sur les rendements des obligations d’État américaines à long terme demeure forte, ce qui renforce nos perspectives actualisées.

Le marché du travail : résilience des États-Unis par rapport aux difficultés de l’Europe

Dans un contexte de turbulence commerciale, le marché du travail américain demeure une source de vigueur économique. Les chiffres de l’emploi de janvier, bien qu’un peu plus faibles (143 000 nouveaux emplois), ont été révisés à la baisse moins que prévu et la croissance des salaires s’est poursuivie à un rythme soutenu. Le taux de chômage a reculé pour atteindre 4 % (en anglais seulement), renforçant l’idée que si le marché du travail se refroidit légèrement, il demeure fondamentalement solide.

En revanche, les données économiques européennes racontent une tout autre histoire. La production industrielle allemande a reculé de plus de 2 % (en anglais seulement) en décembre, ramenant la production aux niveaux observés au plus fort de la pandémie de 2020. La faiblesse économique de la zone euro est de plus en plus marquée, et le comité de politique monétaire du Royaume-Uni est divisé sur la question de savoir si des réductions de taux devraient être plus importantes.

Le défi fondamental des décideurs européens consiste à évaluer dans quelle mesure ce ralentissement est cyclique par rapport à structurel. Étant donné la persistance d’une inflation élevée dans le secteur des services, la politique monétaire pourrait ne pas suffire à stimuler la croissance, laissant l’Europe vulnérable à une stagnation prolongée.

L’éclatement de l’économie mondiale : la rivalité entre les États-Unis et la Chine et la lutte d’influence

Au-delà des différends commerciaux immédiats, les événements récents ont renforcé la tendance générale à la fragmentation de l’économie mondiale. L’imposition de droits de douane à la Chine, mais pas aux alliés de longue date des États-Unis, illustre la bifurcation du commerce mondial entre les blocs économiques dirigés par les États-Unis et ceux dirigés par la Chine.

Bien que Washington conserve un avantage relatif en raison de son vaste réseau d’économies alliées, une politique commerciale américaine offensive risque d’aliéner les acteurs neutres, en particulier en Asie du Sud-Est, qui cherchent à équilibrer les relations entre les deux superpuissances.

Trump demeure imprévisible. Sa décision de dernière minute de reporter les droits de douane de 25 % sur le Canada et le Mexique souligne sa nature de négociateur, mais ne signifie pas nécessairement que ses menaces tarifaires plus vastes sont des menaces en l’air.

Nous continuons de supposer que des droits de douane universels de 10 % seront imposés au deuxième trimestre, parallèlement à une augmentation des tarifs douaniers effectifs sur les importations chinoises. Il y a également un risque accru que des droits de douane supplémentaires soient appliqués aux importations de l’Union européenne. Bien que les derniers reports permettent de souffler un peu, une menace tarifaire pourrait persister tout au long de l’année, ce qui maintiendrait les marchés sur le qui-vive.

Répercussions sur les placements : positionnement en vue d’un contexte commercial et de croissance volatil

Les marchés sont peut-être temporairement en attente, mais les risques demeurent orientés vers une plus grande volatilité. Les investisseurs devraient surveiller de près les prochaines échéances commerciales ainsi que la dynamique du marché du travail, qui sera probablement cruciale pour les décisions de politique monétaire de la Fed.

Le contraste entre la résilience des États-Unis et la faiblesse de l’Europe laisse présager des trajectoires divergentes en matière de politique monétaire, ce qui pourrait accroître l’écart de rendement des marchés boursiers et obligataires entre les deux régions.

Si l’on en croit l’histoire, les tarifs douaniers de Trump pourraient renforcer l’exceptionnalisme américain sur le marché boursier. En 2018, les actions américaines de moyenne et grande capitalisation ont largement surclassé leurs homologues à l’échelle mondiale après la première série de droits de douane, une tendance qui pourrait se reproduire si les politiques commerciales suivent une trajectoire similaire.

Bien que l’enthousiasme à l’égard de l’intelligence artificielle demeure un solide facteur favorable, les investisseurs doivent rester attentifs aux mesures de rétorsion potentielles, en particulier de la part de la Chine, qui pourraient miner la confiance des marchés.

En fin de compte, bien que les événements de la semaine dernière aient réaffirmé que les menaces commerciales peuvent souvent être négociées à la baisse, le thème plus large de la fragmentation économique demeure d’actualité.

Le cycle incessant des menaces tarifaires et des changements de politique continue d’injecter du bruit dans les marchés, soulignant l’importance d’une gestion de portefeuille rigoureuse, en particulier dans un contexte où la politique commerciale américaine demeure assurément peu fiable.

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