Par Corrado Tiralongo, chef des placements | 7 mars 2025
La récente imposition de tarifs douaniers américains au Canada a alimenté une montée du nationalisme canadien. Ces dernières semaines, les investisseurs se sont de plus en plus demandé quelle était la portion de leur portefeuille composée d’actions américaines. Par le passé, cette question traduisait la crainte de ne pas être suffisamment exposé au marché américain pour tirer parti de son rendement supérieur. Aujourd’hui, cependant, la question est motivée par une réaction émotionnelle aux politiques de l’administration américaine et à la vague montante de nationalisme canadien. Bien que ces préoccupations soient légitimes, les décisions de placement exigent une approche claire et objective. Contrairement à l’achat de produits canadiens en épicerie, la réponse pour les portefeuilles de placement est la suivante : la diversification demeure essentielle.
Arguments en faveur de la diversification mondiale
Bien que la tentation des investisseurs canadiens de réduire ou d’éliminer l’exposition aux actions américaines en réponse aux tensions politiques et commerciales soit compréhensible, elle pourrait ne pas être prudente sur le plan stratégique. Même si nous avons confiance dans la force et la résilience des actions canadiennes, la réalité est que le marché américain offre des avantages de diversification qui ne peuvent pas être reproduits dans le contexte boursier canadien.
Le marché boursier canadien est fortement concentré dans quelques secteurs – produits financiers, énergie, produits industriels et matériaux – qui représentent environ 75 %1 de l’indice composé S&P/TSX. En revanche, le marché américain offre une exposition beaucoup plus vaste, en particulier dans les secteurs des technologies et des soins de santé, deux des secteurs les plus dynamiques et à la croissance la plus rapide au monde. Les États-Unis comptent des chefs de file de l’industrie tels que Microsoft, Apple, Nvidia et Amazon dans le secteur des technologies, ainsi que Johnson & Johnson, UnitedHealth et Pfizer dans le secteur de la santé. Ces secteurs offrent des occasions de croissance structurelle auxquelles les investisseurs canadiens ne peuvent accéder par le seul intermédiaire des marchés nationaux.
Le secteur des technologies, auquel le Canada est peu exposé, a été l’un des principaux facteurs du surclassement du marché boursier américain. Il en va de même pour les soins de santé, qui tirent parti du vieillissement de la population, de l’innovation dans la biotechnologie et des progrès réalisés dans le domaine des produits pharmaceutiques. Sans l’exposition à ces secteurs, les portefeuilles canadiens risquent d’être trop dépendants des fluctuations des prix des marchandises et du rendement du secteur financier, qui peuvent tous deux être cycliques et vulnérables aux chocs externes.
De plus, la diversification dans les actions américaines sert de couverture contre le risque de change. Le dollar américain est la monnaie de réserve mondiale et s’apprécie souvent en période d’incertitude économique. Pour les investisseurs canadiens, le maintien de l’exposition aux actifs américains permet non seulement une diversification sectorielle, mais agit également comme un stabilisateur potentiel en période de volatilité des marchés.
Les investisseurs canadiens ont un parti pris inhérent pour leur pays, avec environ 82 % de leurs actifs totaux, y compris l’immobilier, les régimes de retraite et les fonds de placement, liés au Canada. L’immobilier représente à lui seul environ 40,9 %2 de l’actif total du ménage, tandis que les actifs financiers (y compris les régimes de retraite, les comptes de placement et les entreprises privées) représentent une autre tranche de 41 %3. La grande majorité de ces actifs sont investis au pays. Compte tenu de cette exposition nationale déjà élevée, la réduction de la pondération en actions américaines augmenterait le risque de concentration et réduirait l’accès aux occasions de croissance mondiales.
Bien que les préoccupations relatives à la politique commerciale et à l’incertitude géopolitique soient compréhensibles, l’histoire montre que les marchés ont tendance à voir au-delà des perturbations à court terme. Les investisseurs qui tentent de prévoir les risques géopolitiques prennent souvent des décisions sous-optimales, réduisant leur exposition au mauvais moment. Au contraire, le maintien d’une approche à long terme et diversifiée à l’échelle mondiale permet l’accès aux secteurs et aux entreprises les plus performants, indépendamment des incertitudes politiques et économiques.
Stratégie de placement dans un contexte de tensions commerciales
Les événements récents, notamment le changement de politique économique de l’administration américaine envers le Canada, ont ajouté un autre niveau de complexité aux relations économiques canado-américaines. La Banque du Canada a déjà reconnu que l’incertitude commerciale pèse sur la confiance des entreprises et les intentions d’investissement4. Bien que certains secteurs, comme l’acier et l’aluminium, puissent être touchés directement par les droits de douane, nous pensons que la croissance économique demeurera probablement résiliente dans son ensemble.
Parallèlement, si l’on compare les tendances de la croissance économique et de la productivité, les États-Unis se distinguent comme l’économie la plus résiliente et la mieux positionnée pour les investisseurs à long terme. Nous pensons que le pays devrait maintenir un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) d’environ 2,5 % par année, surpassant à la fois le Canada et la zone euro, dont nous prévoyons une croissance plus modeste de 1,7 % et 1,2 % respectivement.
De plus, les États-Unis ont un net avantage sur le plan de la croissance de la productivité, grâce à leur leadership dans les domaines des technologies, de l’intelligence artificielle (IA) et de l’automatisation. Nous prévoyons que la croissance de la productivité aux États-Unis se maintiendra à un taux annualisé de 1,8 %, contre seulement 1,0 % au Canada et 0,8 % en Europe. Cet avantage en matière de productivité est encore renforcé par des investissements importants dans la recherche et le développement, une culture entrepreneuriale et un contexte réglementaire qui encourage l’innovation.
L’essor de la productivité induit par l’IA devrait stimuler la croissance économique des marchés développés, en particulier aux États-Unis, qui demeurent les mieux placés pour tirer parti de ces avancées. Les solides données fondamentales de l’économie américaine, combinées à son leadership dans des secteurs clés, en font un élément de répartition incontournable pour les investisseurs canadiens, malgré les turbulences politiques et les incertitudes commerciales.
Perspectives à long terme
Si l’incertitude politique et les tensions commerciales peuvent créer de la volatilité à court terme, les grandes tendances économiques mondiales devraient continuer de façonner les marchés au cours de la prochaine décennie. Les gains de productivité générés par l’intelligence artificielle, l’évolution des alliances commerciales et les changements démographiques influeront sur les rendements des placements à long terme. L’économie canadienne restera étroitement liée à celle des États-Unis, mais la diversification au-delà des frontières nationales demeure l’approche la plus prudente pour les investisseurs canadiens.
Conclusion
Le nationalisme canadien est compréhensible dans le climat actuel. Cependant, en ce qui concerne les décisions de placement, la diversification demeure une stratégie judicieuse. L’histoire a montré que le fait de miser sur un seul pays – aussi dominant soit-il à un moment donné – peut entraîner de longues périodes de sous-performance. En maintenant un portefeuille diversifié à l’échelle mondiale, les investisseurs peuvent atténuer les risques, saisir les occasions sur différents marchés et aider à assurer la stabilité financière de leurs portefeuilles à long terme. Tout changement dans les politiques commerciales bilatérales peut causer des turbulences à court terme, mais il est peu probable qu’elles fassent dérailler les grandes tendances économiques qui façonnent l’avenir. Les États-Unis resteront probablement à l’avant-garde de l’innovation basée sur l’intelligence artificielle, tandis que la résilience économique du Canada continuera d’être soutenue par ses solides relations commerciales. Dans un monde imprévisible, le maintien d’une approche de placement équilibrée et diversifiée pourrait être le meilleur moyen de préserver la richesse et de la faire croître au fil du temps.
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